Pays, paysage (fragments d'un journal) (1988/1989)

pour mezzo soprano, flûte (ut et sol), violoncelle et piano (1988/1989)

Pays, paysages (La_Nuit)Sylvie Sullé - Ensemble Fa
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La Nuit entretien avec Bernard de Vienne
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Extraits du journal 1979-1983 d’Alix Cléo Roubaud (éditions du Seuil)

Création sous le titre La Nuit le 15 mai 1990 à la salle Gaveau par l'ensemble FA dirigé par Dominique My et retransmis en direct sur France Musique dans le cadre des mardis de la musique de chambre présenté par Olivier Bernager.

Durée : 12'. Non éditée (voir le compositeur).

 

Ce journal est écrit en en français et en anglais ; plusieurs cahiers sont réunis pour former ce livre. A l’exception de la dernière, toutes les citations utilisées ici sont tirées du premier « cahier bleu ».

 

Alix Cléo Roubaud est morte le 28 janvier 1983, à trente et un ans, d’une embolie pulmonaire. Elle avait fait des études d’architecture, de psychologie, de philosophie et préparait une étude sur le style de Wittgenstein et sa théorie de l’image. Elle était essentiellement photographe.

 

Le journal révèle diverses préoccupations tant personnelles que professionnelles. Mon travail a consisté à relever une ou deux phrases caractéristiques de chacune d’elles, à leur attribuer un traitement ou un motif propre, puis à les mettre en « rapport » les une avec les autres, ce qui est déjà le cas dans le texte.

 

La forme de cette œuvre s’apparente donc étroitement à une suite d’associations d’idées où chaque motif en appelle un ou plusieurs autres, simultanément ou successivement. De plus, les variations des différents motifs - pourtant bien différenciés- se rejoignent et recréent par là même ce qui est propre au langage, c’est-à-dire une ambiguïté, une ambivalence de sens ; une idée « simple » est portée et porteuse dans le même temps, des autres idées.

 

Il en résulte souvent une grande densité sonore : la trame musicale, en perpétuel mouvement, est le lieu où surgissent, se déploient et disparaissent ces fragments de texte, fragments d’une conscience inquiète, sensible et aiguë.

 

Musique nocturne, musique mélancolique, toujours instable, toujours mouvante au-dedans, porteuse de l’unique tâche poétique consistant à faire apparaître l’intangible par le tangible, l’insaisissable par le saisissable : « Dégager l’âme des choses. Leur double incorporel » disait Alix Cléo Roubaud.

 

 

 

Cahier Bleu du 23 décembre 1979 au 11 juin 1980 à Paris, Londres, Cambridge

 

23.12.79

(…), comme le glissement de sens.

Te regarder déjà photographié, glisser entre toi et moi, la mince pellicule mentale de ta mort, de ma mort.

 

6/7.01.80

(…)

Dégager l’âme des choses. Leur double incorporel. Ton autre visage, celui que tu ne vois pas, en deçà de ton œil, au-delà de ta vie :                             redoublement     né du regard amoureux : je t’aime jusque là. (…)

Photographier le sommeil (là où ça ne se voit pas) ; (…) enfin là je photographie la mort et sa nostalgie, mais son horreur tranquille.

(…)

Depuis quand n’ai-je écrit l’amour même en les termes mêmes où je le formule ?

 

01.02.80

(…)

((ne reviens pas) reviens) ((ne) (reviens (pas)) (ne) reviens.

Il est difficile de se défaire de l’idée de la mort.

 

03.12.80

(…)

Faire danser le singulier, le répéter, le faire tourner sur lui-même le faire pivoter bouger chanter. Répéter le singulier le faire chanter. Répéter.

 

09.12.80

Que nous soyons le chambre noire l’un de l’autre (don’t wake up don’t look now) !!!

 

31.3.80

(…), objets curieusement fragiles, comme destinés à disparaître. Mais tout semble destiné à disparaître.

 

Tout disparaîtra d’ailleurs

 

01.04.80 Not that it matters what do I know ? it, no, matters-not. that.

(…)

Photos of. Fact is terrified. No not engulfed by you.

(…)

Prisonnière de ma propre cage, bien aménagée, inlocalisable.

ma peau of course, des heures dessus, la journée au lit ou sur une chaise

nulle part ailleurs, même l’image.

(…)

So unbelievably, ugly tired skin hair bloated with happiness should out out of everything out way out.

 

02.04.80

(…)

quelque chose ne va pas.

 

20.4.80

Pays, paysage, phases, phrases : une chose, puis une autre.

un nuage puis un autre nuage, pourquoi pas ?

 

10.6.80

Sauve-moi de la nuit difficile où ce n’est pas toi qui dors avec ta masse familière mais moi séparée de toi ; étroite et séparée de toi ; me retourne moi sans masse aucune sans difficulté hélas aucune hélas vers le point vacillant du doute de tout.

Ne rien regretter. est une discipline. visant à un état. lentement de grâce. spirituelle. entièrement indemne. de la nuit difficile. rien regret. les nuages. la grâce. difficile. la nuit. visant à une discipline. lente de la masse. familière. immortels. nous. familiers.

 

 

Deuxième cahier bleu du 26 juillet 1981 au 20 juillet 1982

 

3.8.81

(…)

 

Silence

entièrement