Hybride pour un percussionniste (2011)

Éditions François Dhalmann

Durée : ca 15'

Non créée

 

Cette œuvre doit à une vision personnelle de l’Asie sa poétique sonore en mariant le marimba à toutes sortes d’autres instruments comme si c’était un seul et même instrument. Ce n’est donc pas une œuvre pour marimba solo à laquelle j’aurais ajouté des instruments mais au contraire une œuvre hybride (d’où le titre) où le choix des motifs est fonction des combinaisons de couleurs et de leur capacité à s’adapter aux divers instruments afin à passer de l’un à l’autre de façon continue. On parlera ici de musique de chambre tant la percussion est traitée pour ses couleurs multiples, combinaisons, équilibre sensible… ce qui n’exclue pas de véritables éclats.

 

Aucun son n’est donc véritablement pur. Tout se joue sur la contamination, l’impureté, le mélange. Cette hybridation affecte donc le rapport des instruments entre eux. Soit le marimba « colore » les autres instruments, soit c’est le contraire, soit les divers instruments se colorent mutuellement. Le choix des hauteurs, ainsi que celui des motifs, se révèlent moins importants que les combinaisons de couleurs. Ce n’est pas une « mélodie de modes de jeux » mais véritablement une « mélodie de couleurs, de timbre ». La majeure partie du travail de composition réside dans l’alliage - et les conséquences de ceux-ci sur la forme - des timbres, des modes d’attaques et des zones de jeu (registres).

 

Ce mélange de couleurs est à l’image du mélange des cultures de ce vaste continent. Cela produit une musique faite d’une mosaïque de motifs où rien n’est jamais vraiment installé, sauf dans des situations où d’une manière répétitive tout se répète « en boucle » de façon quasi démente. Ne jamais rester dans une situation (ni simple ni complexe), toujours évoluer et changer, muter par ruptures, par mélanges, par apparitions, par disparitions…voilà ce que propose cette écriture, poétique où l’assemblage et la combinaison de couleurs et de matériaux différents sont à l’image de la vie. Comme un organisme vivant, cette sorte « d’être hybride » participe de plusieurs mondes et origines différentes simultanés.

 

C’est ainsi que cette œuvre rejoint la thématique de l’Asie. Ma vision de ce continent multiculturel est celle d’une entité multiple, chaotique, parfois violente, d’une vitalité exponentielle sans nulle autre pareille, où à tout moment tout peut exploser. Mon Asie n’est pas une vision désuète, passéiste et fantasque d’un Orient lascif, mystique, fait d’opium et autres fariboles aujourd’hui bien éculées. Au contraire, mon Orient est grouillant, multiple, contradictoire et coloré.

 

Le besoin d’apaisement face à cette violence du quotidien est donné entre autres au travers des religions et un rapport au monde qui implique le sacré comme une réalité tangible. Dans cette musique qui déferle, l’apaisement du sacré se traduit par de courtes plages où le temps reste « comme en suspend ». Le son cristallin de deux bols de temples bouddhistes ainsi que l’emploi de cinq tambours et cinq cymbales chinoises - instruments moins éclatants que leurs homologues occidentaux - participent de cette vision des choses.

 

L’œuvre se termine de façon assez tragique comme si la confrontation de culture à culture ne pouvaient être qu’emprunte de violence sourde ou directe. Il n’y a pas vraiment d’apaisement dans cette œuvre tant une étrange inquiétude semble la traverser. Toutefois, en envahissant l’espace sonore, la son cristallin des deux bols traduit ce qui résiste en orient face à la mondialisation : un certain rapport au sacré ou au spirituel.