Capside pour 3 flûtes (deux en ut et une en sol (2006)

Capside - Le trio d'argent
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Commande de l’ensemble le trio d’argent

Création le 4 juin 2008 à l’Espace Culturel Aimé Césaire à La Verrière

Durée : env. 8’. Éditions François Dhalmann

 

Une capside, c’est l’assemblage des molécules enveloppant l’ADN d’un virus.

 

Tel un écrin qui ouvert révèle son vrai contenu, j’aime à penser qu’une œuvre musicale - outre sa capacité de faire naître des émotions - recèle en elle un potentiel porteur d’évolution pour les générations futures. De plus, la métaphore du virus renvoie à la notion de « note étrangère au mode » dans le cadre des musiques improvisées telles le jazz ou la musique indienne. Ainsi, pour que cette note ne soit pas perçue comme une fausse note mais comme un accident constitutif du discours musical, il faut la répéter et éventuellement, bâtir, infléchir, transformer le discours à partir d’elle si ce n’est changer de mode. Le titre renvoie donc au principe d’écriture de l’œuvre.

 

Écrite en un mouvement, cette œuvre a le caractère fantasque d’une improvisation et développe certaines potentialités contenues dans deux de mes œuvres précédentes : Vignettes I pour 2 flûtes en ut et Ubuhuha pour flûte seule. Elle est pensée comme si une seule flûte jouait, mais soumise à un travail de déformation quasi électroacoustique du traitement du son (démultiplication, échos plus ou moins différés, spatialisation, amplification, homophonie et homorythmie, amplification, résonance, distorsion, etc.) afin de créer des sonorités inhabituelles. Pourtant, elle renoue par là même avec l’esprit de bien des monodies non européennes, où une voix chantée est, a minima, dédoublée par un autre instrument monodique qui joue (à l’unisson ou à l’octave) le même dessin mélodique plus ou moins décalé et orné. Ici, les trois parties instrumentales ont le même niveau de complexité et l’on ne sait qui accompagne l’autre. Ceci explique pourquoi les instrumentistes jouent quasiment constamment et sans silences : sorte de longue trame sonore, ponctuée de fulgurances et de quelques rares silences.

 

Le travail de composition se caractérise par une succession de modes de jeux et de gestes instrumentaux plus variés que développés. La musique oppose sans cesse un caractère à son opposé : individuel/collectif, tendre/brutal, tendu/détendu, doux/strident, lent/rapide, etc. De plus, un élément « bruitique » (souffles, sifflements, doigtés factices, « sons sur timbrés », percussions de clefs, chant…) permet d’élargir le registre expressif de la flûte en intégrant une dimension sonore propre aux arts premiers avant de devenir un lieu commun de l’écriture contemporaine.

 

J’aime ainsi souligner l’ambivalence de cet instrument qui est celui que je pratique depuis si longtemps. Instrument solaire par excellence, a contrario, la flûte se prête aux tons en demi-teinte, les fameux tons rompus des peintres. Poétiquement, ceux-ci dégagent dans leur douceur une certaine mélancolie apaisée et les trilles, tremolos, « sons détempérés » et autres sonorités « voisées » et voilées, participent alors à une atmosphère toute de grâce, légèreté, bonheur de vivre, non dénuée de moments d’angoisse fulgurante.