Post-scriptum "Déploration" pour voix de soprano, clarinette basse, violoncelle et piano (2000)

Post-scriptum - Ensemble Aleph
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« Déploration » pour soprano, clarinette basse, violoncelle et piano (2000)

Commande de l'ensemble Aleph.

Création au théâtre Dunois les 8/9 décembre 2000.

Durée: env. 11'- 12'. Éditions Dhalmann

 

A la suite du décès de son père, Yves Charpentier, flûtiste et directeur artistique de l’ensemble le concert impromptu, devenu un ami très proche, répond à ma lettre de condoléances; j’en suis bouleversé : la lettre est une longue réflexion sur l’amitié, la violence de la vie et de la mort, la nécessité de se consacrer à ce qui nous est essentiel, la difficulté de la création artistique aujourd’hui, la démesure, la mémoire et l’oubli, le poids de l’existence, le manque de courage dans le deuil, le manque de patience, la musique comme réconfort…

 

Il m’aura fallu une année pour lui répondre dans la seule forme qui me satisfasse : un post-scriptum, sorte d’apostrophe muette, prolongement et amplification des interrogations suscitées par la disparition de son père.

 

J’ai retenu de sa lettre cinq extraits suffisamment universels pour que chacun d’entre nous y trouve l’écho de sa propre expérience. Ceux-ci ont été choisis et agencés en fonction d’une progression dramatique allant du véhément et tumultueux presque rageur où la voix « muette » ne chante que des phonèmes, à un certain calme procuré par l’apaisement de la douleur, en passant par une phase d’espoir suivi d’un désespoir accablant.

 

A l’image du retour sur soi-même que constitue un deuil, la forme de l’œuvre sans cesse se plie, se replie et se referme sur elle-même.

 

EXTRAITS CHOISIS

 

« Car enfin voilà le présage, l’annonce inéluctable qui s’accomplissent : une preuve de la violence inouïe de la vie, preuve qu’en son sein nous ne pouvons nous contenter d’une vague stabulation libre, preuve enfin, que nous devons nous consacrer instamment et de toute urgence à ce qui résonne en nous, ce qui nous est essentiel et nécessaire. »

 

« Aujourd’hui j’aimerais m’affranchir, non de mes responsabilités qui me sont bien présentes, mais plutôt de la matière, de la pesanteur auxquelles me ramène sans cesse l’indispensable nécessité de l’accomplissement des choses du travail et du quotidien. S’abstraire, voilà un concept singulier. »

 

« Comment continuer à écrire, à vivre et à être soi ? »

 

« Simplement aujourd’hui, je crois qu’il me manque, dans la douleur de la perte de mon père, du courage pour surmonter cette disparition et de la force pour aller vers l’accomplissement des choses qui me sont vitales. »

 

« Savoir que je dois absolument me résoudre à l’apaisement de la douleur, à la dissolution de l’absence, me procure, au fond, une certaine sérénité. »