Les échos du silence (2005)

Pour soprano solo (ou mezzo ou ténor) jouant aussi 2 crotales (sol4 et lab4)

Les échos du silence - Nathalie Pannier
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Texte de Sylvie Germain, extrait de © ''Eclats de sel'' – Éditions Gallimard, 1996.

Dédiée à la soprano Nathalie Pannier

Création le 19 janvier 2006 à la Halle Saint-Pierre (Paris 18e)

Durée : env. 8’30’ - Éditions Symétrie

 

Il faut considérer cette œuvre comme une scène d’un opéra où le protagoniste se parle à lui-même comme devant son reflet dans un miroir. Ce peut être son propre prénom qu’il scande tout au long de l’œuvre car son double l’interpelle. A défaut je suggère Ludka pour une femme et Ludwig pour un homme.

Cette courte œuvre de caractère très intérieur, joue sur les divers niveaux de lecture du texte de Sylvie Germain qui peut être interprété selon les quatre sens de l'Écriture : littéral, allégorique, moral et anagogique. Ce dernier sens est particulièrement souligné par la musique.

De nombreuses ressources expressives de la voix sont ici sollicitées : mélodique, parlé/chanté, parlé (déclamée, scandée…), détimbrée, souffle…

Une mezzo ou alto et même une voix d'homme peuvent chanter l'oeuvre. Dans ce cas, transposer la partie vocale (et les crotales) à la convenance de l'interprète.

 

L’argument

 

Une femme (ou un homme) se tourne vers la fenêtre du compartiment du train dans lequel elle (il) effectue un voyage sans espoir de retour. Elle (il) croise dans la vitre le regard de son propre reflet. Ce regard est à la fois le sien et celui d’une femme (ou d’un homme) lui ressemblant étrangement, aperçu(e) quelques instants auparavant lors d’un arrêt dans une petite gare.

Dans ce regard, comme dans celui de l’inconnu (e), la même gravité un peu douloureuse, une égale expression d’attente, de patience. Elle (il) ne sait pas s’il s’agit d’elle (lui) ou de l’autre. Elle (il) ne se reconnaît pas dans la flagrance de sa propre image. Elle (il) avance la main vers la vitre et effleure du bout des doigts les lèvres closes de son reflet. Alors la bouche s’entrouvre et se met à lui parler d’une voix assourdie et ténue :

 

« prénom de l’interprète 2 fois (ou Ludka ou Ludwig) » (…)  « Regarde-moi, écoute-moi… »  (…) « Depuis l’instant de ta naissance je me suis attaché à ton souffle, à ton cœur. Je suis le cri de ta naissance, et ta mémoire d’avant ce cri. J’ai pris part à chacun de tes jours, je t’ai suivi pas à pas, geste à geste, et je me suis couché dans chacune de tes nuits. Souvent, sur ton épaule, j’ai posé la main, mais tu n’as su alors que hausser le dos avec désinvolture et repousser ma main, ainsi qu’on époussette de disgracieux grains de poussière. J’ai porté le poids de tes peines, de tes chagrins, et celui, plus lourd, de tes doutes. Mais le plus écrasant fut celui de ton indifférence, de ton désabusement. Je serrais pour toi dans ma paume un infime bris de lumière, un éclat de silence, mais tu étais toujours la proie de tant de faux mouvements du cœur et de l’esprit que je ne parvenais jamais à déposer ce grain en toi… (prénom 1 fois), à force d’être absent à toi-même et écœuré de tout, tu t’es perdu de vue, tu t’es perdu de cœur, et tu m’as à ce point méconnu, et tu t’es à ce point mal aimé que tu as fini par me détacher de toi, par te délier de toi, te détourner des autres… (prénom 1 fois), depuis si longtemps je te recherche et je t’implore comme un chien répudié par son maître, je te recherche et je m’afflige comme un maître qui a perdu son chien, je te recherche et je t’adjure comme un frère en quête de son frère prodigue et oublieux… (prénom 1 fois), il fait si froid dans ton oubli, il fait si sombre dans ton ennui, il fait si faim, et soif, dans ton inattention au mystère de ce monde…».