Aura

pour flûte en ut et piano (2009)

"un hommage à Mark Rothko"

Aura - Yves Charpentier - Bruno Belthoise
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Commande du flûtiste Yves Charpentier

Création le 11 mars 2010 au Tambour, Université de Rennes II dans le cadre du spectacle Pèlerinage ROTHKO de l'ensemble Le Concert Impromptu par Yves Charpentier, flûte et Bruno Belthoise, piano dédicataires.

Editions François Dhalmann

CD : Disques CORIOLAN® 2013 - COR 330 141

 

Cette œuvre a été conçue pour être jouée dans le cadre d'un spectacle autour de l'œuvre du peintre américain Mark Rothko. J'ai voulu mettre en relief certains aspects de son travail pictural (Celui-ci souhaitait en peinture la même émotion qu'en musique) et traduire musicalement l'aura de ses peintures d'après 1950. Je ressens la vibration particulièrement instable de celles-ci comme une véritable joie. De plus, leur mouvement interne en deçà des lignes de forces directes peut amener à une certaine contemplation quasi mystique. Mark Rothko se fonde sur un phénomène kinesthésique presque dérangeant car flou : on ne peut faire de mise au point visuelle, il faut sans cesse réajuster.

 

Les parallèles que j'ai dégagé dans mon travail sont les suivants :

 

- Vibrations/souffle : c'est le titre de l'œuvre. Pour les Grecs et les latins, Aura c'est l'air en mouvement, la brise, le vent doux en relation avec la lumière. Aujourd'hui, dans l'acceptation occulte c'est ce qui entoure le corps physique et par extension, c'est la résonance d'une œuvre d'art dans la sensibilité.

- Flou des contours et des lisières : cet effet « sfumato » est rendu par le retour contant au joué/chanté simultanés et la « fragilité » de la voix chantée

- Champs visuels : rendus par des brefs moments très intenses comme de grandes lignes de forces.

- Détail des textures : c'est le rendu très précis des articulations, des modes de jeux et de leurs sonorités afférentes.

- Entrelacs et motifs entrecroisés : travail contrapuntique des motifs, tremolos et trilles.

- Contemplation et recueillement : grands accords amples, retour constant d'un motif ou les extrêmes aigu et grave sont joués simultanément, « percussions » graves du piano comme des cloches/gongs et enfin, un jeu de flûte comme une déclamation.

- La montée dans la clarté : travail sur les résonances, particulièrement vers la fin de l'œuvre

- La présence et le lointain : grande variété d'intensités différentes qui se succèdent.

 

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De par ma formation de flûtiste, l'écriture fait appel à de multiples modes de jeux dont certains ne sont pas sans rappeler l'emploi de la flûte dans d'autres cultures.

L'écriture implique une conception de la flûte vivace, fluide, légère, douce, vibrante, enjouée, lumineuse, aérienne. Ce parti pris de jouer en demi teinte, sans jamais forcer le son, sans brusquerie ne fait appel aux sons forcés et/ou violents qu'en de très rares moments qui sont de véritables lignes de forces qui ponctuent l'espace sonore.

J'ai surtout orienté mon travail sur la vibration, le mouvement bien particulier qui se dégage de ce travail pictural. Le nom de Mark Rothko se devine vers la fin de l'œuvre comme une évocation, sorte d'écho/hommage que le flûtiste prononce.

Le langage harmonique et rythmique est issu du nom même de Mark Rothko (morse et numérologie).

La forme de l'œuvre se veut une réponse au but que celui-ci assignait à l'art : « un objet de transformation du monde ». Aussi, cette œuvre en un seul mouvement est comme un travail de montage au cinéma. Les divers rushes (motifs) -des plus simples aux plus complexes- inventent sans cesse des agencements inédits à partir des possibles inouïs comme dans le travail du rêve.

 

En marge d’Aura, œuvre à destination des professionnels (ou élèves en fin de cycle 3), quelques « rushes ont été laissés de coté au moment du montage ». Comme les bonus d'un film, certains de ceux-ci sont devenus deux petites œuvres simples pour l'apprentissage de la flûte dénommées 2 Rushes pour flûte et piano.