Arrêt-Images (2012) pour voix d'enfants (ou voix de femmes)

Arrêt-Images (intégralement) - Maîtrise de Radio France - Sofi Jeannin
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Commande de Radio France pour la Maîtrise, direction Sofi Jeannin, dédicataire

Création le 25 avril 2013 au CRR de Boulogne-Billancourt

Durée : env : 5’ - Éditions François Dhalmann

 

L’arrêt sur image ou freeze frame est une technique cinématographique qui consiste à répéter une même image pendant un certain temps donnant l'impression que le mouvement s'est figé.

 

Paradoxalement, ce titre me semble tout à fait adapté au choix des textes de cette œuvre : cinq haïkus extraits de l’anthologie Les cent poèmes, choix de poèmes rassemblés au 13e siècle et modèle du genre pour les siècles à venir.

 

Dans la culture japonaise, un haïku est un petit poème extrêmement bref visant à dire l'évanescence des choses. Calligraphié sur une seule ligne verticale, le haïku doit donner une notion de saison et doit comporter une césure.

 

Afin d’écrire une œuvre où le mouvant s’oppose au statique, la multiplicité à l’unicité, j’ai choisi des poèmes où le souffle/fracas s’opposent au murmure/lune/automne. Les retours constants sur les mêmes images poétiques font de celles-ci de véritables arrêts sur image, comme le sont, en quelque sorte, les haïkus.

 

Musicalement, la forme de l’œuvre enchaîne sans interruption les cinq poèmes comme s’ils n’en faisaient qu’un. Les mêmes motifs/figures reviennent tout du long, et participent d’un déroulement du temps qui revient constamment sur lui-même, comme figé dans son propre mouvement interne.

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Son souffle dessèche les plantes de l’automne :

Le vent des montagnes a nom « tempête ».

 

Les torrents en cascades impétueux au gué se heurtent aux rochers

Et se divisent mais finissent par se réunir, pensais-je…

 

Le fracas des chutes d’eau est depuis longtemps évanoui

Ne reste qu’un nom dont on entend murmurer le cours.

 

Dans un déchirement des nuages que porte vacillants le vent d’automne

Surgit la forme de la lune qui pleure ses clartés.

 

J’ai tourné la tête du côté d’où venait l’appel de l’oiseau

Et je n’ai vu que la lune de l’aurore.